Le baromètre Qualisocial-Ipsos de janvier 2026 chiffre pour la première fois un phénomène jusque-là surtout anecdotique : 23 % des salariés déclarent souffrir de technostress lié à l'intelligence artificielle, dans un contexte où 22 % des actifs se disent en mauvaise santé mentale. L'Organisation internationale du travail en a fait, la même année, un sujet de risque psychosocial à part entière.
Ce que l'OIT a identifié comme risque
Dans ses travaux de 2026, l'Organisation internationale du travail relève que l'intégration rapide de l'intelligence artificielle dans les organisations peut créer des risques psychosociaux spécifiques : surveillance renforcée des tâches, réduction de l'autonomie laissée au salarié, atteintes à la vie privée au travail, et surtout intensification du travail. Le constat qui revient dans plusieurs études récentes est contre-intuitif : l'IA ne réduit pas mécaniquement la charge de travail, elle a plutôt tendance à l'intensifier en élevant le niveau d'exigence attendu sur le temps ainsi libéré.
Plusieurs visages derrière le même mot
Le terme « technostress » recouvre en réalité des situations assez différentes selon les praticiens et chercheurs qui l'étudient : une surcharge cognitive liée au nombre d'outils à maîtriser en parallèle, une anxiété d'obsolescence chez les salariés qui craignent de ne plus être à la hauteur d'un poste qui change plus vite qu'eux, ou encore une perte de sens quand une tâche auparavant qualifiée devient une simple vérification d'un résultat produit par un outil. Ces manifestations ne sont pas juridiquement définies comme des catégories à part, mais elles décrivent un terrain commun : l'introduction d'un outil technique a des effets sur la santé mentale qui ne se limitent pas à la formation à son usage.
Un risque qui doit entrer dans le document unique, pas rester à part
L'article R.4121-1 du Code du travail impose de mettre à jour le document unique d'évaluation des risques professionnels à chaque décision d'aménagement modifiant les conditions de travail. L'introduction d'un outil d'intelligence artificielle dans les méthodes de travail d'une équipe entre précisément dans ce cas de figure : ce n'est pas un simple changement d'outil informatique, c'est une modification des conditions de travail qui appelle une réévaluation, au même titre qu'un changement d'organisation ou de rythme de production. Un document unique qui documente l'arrivée d'un nouveau logiciel sous l'angle technique, sans jamais interroger son effet sur la charge mentale ou l'autonomie des équipes, laisse un pan entier de l'évaluation de côté.
Ce qu'il faut retenir
Le technostress lié à l'intelligence artificielle n'est plus un sujet marginal en 2026 : il concerne près d'un quart des salariés interrogés, il est reconnu comme risque psychosocial par l'OIT, et il relève de la même obligation d'évaluation que n'importe quel autre facteur de risque au moment où un outil change réellement la façon de travailler d'une équipe.